Valencia, marathon de la douleur

Inscrits depuis longtemps avec Jérôme, Michele nous a rejoint dans l’aventure après avoir glorieusement franchi la ligne d’arrivée du marathon de Berlin. Toutefois, les choses ne se passent pas nécessairement comme prévu; Michele se faisant une entorse une semaine avant le marathon et moi choppant une contracture au mollet une quinzaine de jours avant.

Michele est obligée de rester à quai, et ne peut même pas venir passer le weekend sous le soleil du fait de son manque de mobilité. Moi, les tests du mollet effectués quelques jours avant le marathon confirment que celui-ci est toujours contracté et en colère. Strapping, massages, étirements et autres grigis sont effectués pour arriver dans les moins pires conditions sur la ligne de départ.

 

ORG_DSC00606Ceci dit, c’est la première fois où la fin de préparation de marathon (si tant est que j’en ai fait une pour Valencia avec tous les voyages post-Berlin qui m’ont plus fatigué qu’autre chose) a été essentiellement concentrée sur le terme “abandon”. Et si je ne prenais pas le départ? Et si la douleur s’accentuait et que je devais abandonner? À partir de quel stage dois-je abandonner? Comment identifier quand je mets mon corps en danger qui me couterait plusieurs mois sans courir? Bref, la stratégie est simple: la contracture est comme une crampe, tant que la douleur est similaire, cela devrait aller… je vais courir!

Arrivé à Valencia vendredi, on va chercher nos dossards le samedi au magnifique complexe du centre des arts et sciences; c’est très bien organisé, on fait les photos avec les trophées et la mascotte du FC Valencia; on visite tranquillement. A noter que le sac de goodies est vraiment bien chargé! Par contre, la qualité du t-shirt laisse à désirer, même si l’innovation est sympa: quand il est mouillé, apparait le plan de la ville. Après une orgie de pâtes, on a profité de l’aquarium puis d’une soirée tranquille. Au réveil, je prépare aussi consciencieusement mes bandage pour maintenir le mollet au mieux et relâcher la pression musculaire.

IMG_0035Nous voilà arrivé au départ, sacs déposés et tour aux toilettes effectués, il est temps de rentrer dans nos sas. Le départ se fait très rapidement, c’est très fluide, presque pas d’attente. Dès les premières foulées, je sens mon mollet qui se rappelle à mon bon souvenir. Il me dit que je vais l’entendre pendant toute la course. Soit. On fera avec la douleur et on avisera plus loin. Je me calle donc sur un rythme un peu moins soutenu que je l’aurais voulu, mais qui m’assure, s’il est maintenu, un temps final qui me satisferait.

Dès le 4e kilomètre, les straps se détachent, certainement à cause de la transpiration. Je les retire et devrai donc courir sans maintien du mollet. Soit. Continuons et on vera où cela nous mènera. Le dixième kilomètre arrive assez vite, la douleur est là wt je constate que ma foulée est bien différente de la normale et que je débauche beaucoup plus d’énergie que je le devrais. La jambe droite compense en grande partie ce que la gauche ne fait pas à cause du mollet: fessier, quads ne s’activent pas à gauche. Je sais que ma jambe droite va donc devenir très fatiguée rapidement et que cela m’entraînera dans un rythme plus lent. Je le sais, mais je décide de maintenir le même rythme pour aller le plus loin possible avant d’être obligé de marcher.

20x30-AUTA10622Les kilomètres défilent, le soleil est de plus en plus présent, mais l’air reste assez frais pour être dans d’excellentes conditions. Dommage que mon mollet souffre; ça aurait été une excellente course pour essayer de battre mon record établi à Berlin, la route est tellement plate!

Enfin, on passe devant le fameux stade Mestalla, les spectateurs deviennent de plus en plus nombreux et bruyants. Je ne me souviens plus dans quel ordre, mais on a passé un château médiéval et ses habitants en tenue d’époque, une armée de spartiates, d’autres groupes de la Renaissance, des personnes habillées en patate 🤔… tout au long de la course, Valencia était sur le parcours à nous encourager et scander nos noms. Ça m’a bien aidé pour continuer à avancer et finir! D’ailleurs, Jérôme me passe vers le 22e kilomètre, on papote rapidement, il se sent très bien et prêt à aller chercher le record du monde, je l’encourage et il part devant.

IMG_0061La jambe droite devient de plus en plus enkilosée par le fait qu’elle est la seule à supporter l’effort de la course. Mon rythme ralenti et je dois m’arrêter un peu pour marcher. Dès le 25e kilomètre, je m’arrêterai pour utiliser les stands médicaux où ils mettent une sorte de bombe froide qui devrait aider à calmer la douleur. Mon rythme est bien entendu plus lent, rythmé par les stations de ravito et médicaux; mais j’avance coûte que coûte. J’ai maintenant fait trop de chemin pour m’arrêter et abandonner; il reste une dizaine de kilomètres seulement. Même si je ne fais que marcher, je franchirai la ligne à temps. Ceci dit, je ne suis pas venu pour marcher et, à vrai dire, le mollet est plus douloureux en marchant qu’en courant.

Je continue tant bien que mal en ayant pour objectif que les prochains kilomètres, il faut mentalement aller chercher la ligne. La douleur est permanente, la petite voix de l’abandon très forte, celle de la douleur également, mais il fallait continuer. C’est un marathon, on est venu ici pour souffrir (sic), en quelque sorte. Je crois que j’ai repoussé mes limites mentales en allant chercher la ligne d’arrivée, en reprenant la course après chaque arrêt, en essayant de maintenir une allure qui, sans les arrêts, m’aurait amenée à un temps final plus que satisfaisant.

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Les Valencians crient les noms de tout le monde, dont le mien, autant que les speakers. Ça aide pour continuer à avancer. J’entends d’ailleurs mon nom avec un accent francisé et c’était Marie; je m’arrête pour échanger quelques mots, puis je repars pour les 3 derniers kilomètres. Ils sont longs et courts, la foule est vraiment présente, c’est génial, il reste à sourire et à serrer les dents en même temps! On aperçoit enfin la cité des arts et des sciences en bout, elle parait être proche, très proche.

Le dernier kilomètre est là, il ne reste plus qu’à savourer et à sourire, aujourd’hui je n’accélère pas, je profite juste de l’arrivée, de l’ambiance, du paysage, de l’effort accompli, de toute l’énergie mentale dépensée pour arriver au bout de ce marathon. Je souris à tout le monde, tape dans les mains des spectateurs, profite du moment que j’ai la chance de vivre. Au dernier virage, l’arrivée est là, sur l’eau, le long du palais des sciences, c’est magnifique: on laisse éclater sa joie de finir, pour soi, pour les photos, pour la postérité (mouais, je m’enflamme!).

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La ligne franchie, l’émotion est vraiment là, la pression retombe, après toute la concentration et les efforts mentaux pour ne ps abandonner et aller au-delà de la douleur. Je finis le marathon en moins de 4heures, bien évidemment loin du temps de Berlin, mais aujourd’hui cela n’a aucune importance: je viens de terminer mon 8e marathon; dans la douleur, mais je l’ai fait.

Jérôme a profité du terrain favorable pour faire une superbe course, battant son record et se rapprochant du record du monde. Il ne reste plus qu’à savourer et célébrer ce nouveau marathon et nos deux succès, quoi que différents, en tous points similaires: 42.195.

I ran Valencia!

 

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2 thoughts on “Valencia, marathon de la douleur

  1. Excellent compte rendu pour un excellent souvenir! 😉 Bel exploit d’avoir fini malgré la douleur… Tu n’a pas précisé que c’est aussi la potion magique de la veille (pates sublimes au calmars) qui nous a aidé!

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