Berlin Marathon, flat as fast

Coup de chance, Michele a réussi à avoir une place pour ce World Major via le tirage au sort, je m’en suis sorti pour avoir l’une des 1000 places mises en vente après les résultats du tirage en cliquant “refresh” toutes les secondes jusqu’à être dedans. On est parti donc pour un deuxième Major pour moi, un an après Chicago.

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C’était le défi de l’année en course à pied; celui pour lequel j’ai eu le temps de me préparer normalement pendant l’été, sacrifiant l’entraînement vélo pour les sorties longues sous la chaleur. Il a fallu aussi planifier un entraînement ne tirant pas trop sur les Achilles, jonglant avec les obligations pros et la chaleur estivale (oui, toute relative à Londres…).

Après un samedi passé à récupérer les dossards au salon du marathon, à se balader dans la ville avec nos amis, à rechercher des pâtes hipster aux truffes, du earl-grey premium dans les quartiers de Berlin-Est, nous voilà le soir à remanger des pâtes et se préparer pour le lendemain. Revoir une dernière fois les temps de passage et comment est organisée la course (points de ravitaillement, bouffe, distance, où nos amis sont placés sur le parcours, etc.); puis se coucher. Notre hôtel étant à 10min du lieu de départ, aucun stress pour le réveil le lendemain matin.

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On se prépare tranquillement le matin, découvrant la météo pluvieuse et plutôt froide. Cela n’est pas un problème, ne vaut-il pas mieux un peu de fraîcheur plutôt qu’une chaleur accablante? Nous nous dirigeons vers l’air de départ, qui est très grande; Michele et moi se séparons pour gérer nos affaires; puis on se retrouve pour passer le temps. Le moment de se séparer et de se souhaiter bonne chance arrive cependant rapidement, étant donné que nous ne sommes pas dans les mêmes sas de départ et que je vais partir quasi 30min avant elle.

Me voilà dans mon sas, le départ des élites est donné; ils s’élancent pour battre le record du monde; il me reste un peu moins de 20min avant de m’élancer à mon tour dans les rues de Berlin à la poursuite de mon propre record du monde. L’ambiance monte quand le speaker nous annonce la chanson censée nous motiver “Highway to Hell”; peut-être un refrain prémonitoire. Le plan tactique est en tête, les temps de passage aussi: on va cette fois tenter ET réussir le sub 3:30 et, aujourd’hui, il n’y a pas de place pour l’échec ni pour faiblir ou s’effondrer comme à Chicago. L’entraînement spécifique planifié par moi-même pour cet objectif a bien été suivi; et je ne crois pas avoir faux, donc ça va passer!

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Les Chariots de Feu (super original 🙄) à fond les ballons et je m’élance avec ma vague. L’avenue est longue et large, il y a un monde fou, c’est blindé. Impossible de prendre son rythme dans le premier kilomètre; mais on le savait; il suffit de rester patient et serein, les espaces vont se libérer un peu plus loin. Je slalome un peu mais essaie de rester à proximité de la ligne bleue pour ne pas faire des zigs et des zags en trop et non nécessaires. Le rythme est toujours un peu lent par rapport à ce que j’avais espéré, mais absolument pas dramatique pour l’objectif. Je suis bien, les jambes tournent parfaitement et le cardio est très calme. Mode diésel enclanché. Le passage au 5K me fait bizarrement passer dans les temps donc tout va bien, même si je souhaitais être 30/40 secondes plus rapide.

Jusqu’au passage du Reichstag et de la zone de depart (7km), ça reste très dense. Je dépasse fièrement Asterix, Obelix avec son menhir, Falbala et Jules César avant de trouver plus d’espace pour courir et me caler dans un rythme légèrement plus rapide.

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Le passage au 10e se fait sans encombre, dans la fourchette de temps estimée et pas de signe de fatigue. Finalement, ce premier quart de course est passé super vite. La route est mouillée, une pluie légère tombe par intermittence et il fait très humide, mais rien de bien inquiétant. On franchit la Spree et je m’envole à un bon rythme vers le 15km. Les ravitos se passent bien; j’étais prévenu des gobelets, donc mentalement préparé à l’affaire. Il y a du thé; je ne sais plus quand j’en ai pris; mais c’était bien sympa d’avoir une boisson tiède à ce moment (je pense que c’était plus vers le 30e). Matt me tape sur l’épaule, on papote un peu, on fait un selfie et se donne rendez-vous à la fin pour les célébrations 🍺🍺. Il part devant moi. Je ne le savais pas encore, mais je finirai la course avant lui. Je garde mon rythme et passe finalement les pacers du 3h30; je suis donc en avance sur l’état de marche, comme je le souhaitais. Maintenant, je sais que s’ils me dépassent, j’aurais “juste” à les suivre pour finir en sub 3:30. Easy, c’est dans la poche😉 !

Et hop, on arrive au semi, je le passe dans la fourchette de temps raisonnable (1:42:27); ce qui me donne seulement deux minutes et demi d’avance sur l’objectif. Il ne va pas falloir trainer dans la deuxième partie de course! Allez, hop, on rentre à la maison, me dis-je à ce moment-là. Je me sens un au moins bien vers le 23e, bizarrement, sans savoir vraiment pourquoi, mais je me ressaisis de suite et me concentre sur ma foulée pour repartir sur le rythme précédent dès le 24e.

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On arrive bientôt au 26e Km où Floriane et Thimo sont censés être positionné; je passe la marque, tourne ne le vois pas; ils sont en fait une centaine de mètres plus loin; un peu en dehors de la foule, leurs encouragements fait énormément de bien et redonne le sourire. Merci pour les encouragements les amis!! Un second coup de moins bien se produit vers le 28e, mais je corrige assez vite le tir. On n’est pas là pour flancher!

Entre temps, mon dossard s’est déchiré du fait de la pluie et de l’humidité; j’ai réussi à le sauver et le mettre dans ma poche pour le finish. Il est temps maintenant de foncer droit dans le mur. Celui du 30e ou 32e, au choix, et j’y fonce avec courage, le gel énergétique dans la main gauche, la main droite pour faire quelques high-five aux enfants berlinois venus nous encourager en nombre et les jambes en mode machine. Ah oui, le quoi? Le mur? Quel mur? Boom💥!, s’il existe, je l’explose, le détruit, le pulverise, le ridiculise et je continue sur mon rythme. On a passé le 30e avec plus de 3min et demi d’avance sur l’objectif.

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Il faut maintenant s’attaquer à ce qu’il y a derrière le mur, cette dizaine de kilomètres où l’on ne va jamais en entraînement, celle où tout se joue, celle qui fait de toi un marathonien, celle qui crée les performances et anéantit les espoirs et efforts fournis à l’entraînement. Hors de question de craquer ou de marcher, sauf pour boire de l’eau dans les gobelets, avec la fatigue les gestes sont moins précis; autant ne pas gaspiller l’énergie restante dans un ravitaillement foireux.

Le nombre de kilomètres diminue et je maintiens l’écart même s’il commence à légèrement se réduire. Les 10 secondes perdues par kilomètre sont dues aux ravitaillements un peu plus long, mais surtout pas à une défaillance des jambes et ça, ça motive à ne rien lâcher! Il fallait aussi être costaud mentalement pour passer le stand Redbull qui pue avec une musique à te casser la tête; je ne me suis pas fait avoir avec ce qui était, pour moi, l’exact inverse de l’expérience connue par Ulysse avec le chant des sirènes: n’écoute pas et fuis!

Il reste maintenant 5km, deux ravitos et un finish à peaufiner. Évidemment, je suis un peu moins alerte, mais j’y vais, je ne lache pas, le rythme s’est légèrement ralenti mais je suis toujours dans les cordes. Au dernier ravitos du 40e, je prends le temps de bien boire, proprement, et de ne pas m’étouffer avec. Je me dis qu’on y est, qu’il n’y a plus rien entre moi, la porte de Brandenburg et la ligne d’arrivée. Je n’ai plus qu’à tenir et célébrer le succès; il est maintenant vraiment trop tard pour craquer; je vais la chercher cette médaille!!

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C’était sans compter sur le fourbe ravitaillement improvisé spécial “bière Oktoberfest” qui m’a fait hésiter l’espace d’un instant, mais je n’ai pas craqué. Ouf!

Voilà le dernier virage, il reste un kilomètre, la porte de Brandenburg en fond, on va passer dessous. Le public est là, en masse et bruyant. Il est tant de sourire, de savourer et de relâcher la concentration qui m’a fait tenir mon plan de course. Je suis en train de finir mon 7e marathon, mon deuxième Major. Je sors mon dossard de ma poche et l’apose sur mon ventre pour être sûr de ne pas me faire arrêter par ceux qui contrôlent les coureurs. Je le tiens avec Le Bras gauche, on dirait un hommage à Napoleon, lui qui avait vole le char trônant sur la Brandenburg Tor. Je passe la porte, souris, accélère (ou pas, je sais plus), lève un bras (l’autre tenant le dossard), sers le point, souris, prends l’énergie du public amassé le long de la route, souris et prend la dernière centaine de mètres dans la figure! Je franchis la ligne victorieux et heureux. J’ai réussi à réaliser mon objectif, terminant en 3:28:16.

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Je savoure, je remonte lentement récupérer ma médaille, il fait froid donc trouve rapidement un poncho et essaie de suite de voir où Michele en est. Il semble qu’elle soit en avance également, pourvu que cela dure. Le réseau est mauvaise l’application ne se met pas à jour, je me demande donc où est Michele pendant un bon bout de temps, jusqu’au moment où je reçois finalement une notification me disant qu’elle vient de franchir la ligne. Michele arrivera finalement triomphante, battant son record de 24minutes 😁. Énorme!

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Il est maintenant temps de célébrer cela, d’abord avec une bonne douche bien chaude, puis des spécialités locales avec nos amis!! Quel weekend!!

I ran Berlin!

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