Marathon d’Athènes, marathon du bonheur

Voilà bien un an environ que je me suis mis à parler et à rêver de ce marathon; non seulement à cause de son histoire et son héritage, mais aussi pour le rapport émotionnel qui me lie à la Grèce. Après avoir couru le marathon de Rome, mes prochains pas dans l’Histoire antique devaient se produire en Attique, sur les traces de Pheidippides, des premiers olympiens modernes de 1896 et des marathoniens de 2004.

img_6835Inscrit dès l’ouverture, j’ai eu quasiment toute l’année pour me préparer mentalement à cette course. Cependant, mon succès inespéré au tirage au sort du marathon de Chicago a réorganisé mon automne (sans compter les nombreux voyages imprévus). Comme je l’explique dans le compte-rendu de Chicago, ma préparation a été chaotique, compliquée, écourtée et très fatigante. Lors des derniers kilomètres de Chicago, je pensais simplement reporter ma course à l’année prochaine. Cette idée m’est restée dans la tête pendant une dizaine de jours; puis je me suis décidé à le courir ce marathon rêvé! Les cinq semaines entre les deux marathons ont été éprouvantes. Mon corps était vraiment fatigué après Chicago, il m’a bien fallu deux semaines pour pouvoir avoir envie de recourir (ce qui ne m’a pas empêché de nager et rouler); puis j’ai trainé un rhume pendant deux semaines. J’arrive donc à Athènes presque sans avoir couru en cinq semaine et sans sortie longue ni au tempo (la seule sortie “longue” a été de 11km…). Ceci dit, j’avais récupéré mentalement et était prêt à souffrir et à finir le marathon d’Athènes! Sans aucune pression ni ambition de chrono cette fois.

Arrivés le vendredi soir, nous nous rendons à l’expo, le samedi matin, dans l’ancien stade olympique de taïkwendo pour récupérer nos dossards (Michele a couru le 10km). Dossard rapidement collecté, il faut néanmoins se taper tout le salon selon un circuit type Ikea pour pouvoir récupérer le t-shirt de la course (moment un peu plus chaotique). On s’en sort bien et il est tant d’aller manger des pâtes! Ça sera des pâtes aux fruits de mer sur le port avant de faire quelques visites.

Le réveil sonna à 5h35, le temps de prendre un petit déjeuner équilibré, il faut déjà aller sur la place Syntagma pour embarquer dans un des bus nous amenant à Marathon. Surprenant, l’organisation est parfaite! Des lignes d’attente sont demandées quand, dans un balai très bien organisé, les autocars arrivent continuellement pour embarquer les futurs marathoniens sous l’oeil des evzones. Ca va très vite, il fait encore nuit. Le trajet emprunte exactement la route que l’on va courir et c’est là que l’on se rend compte du parcours et de la la longue et interminable descente (qu’il faudra courir en mode ascension). Le soleil se lève; on arrive à Marathon, non loin des champs de bataille de 490 av.JC et de la ligne de départ.

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C’est encore très bien organisé, de nombreux camions collectent nos sacs, un stade d’athlétisme est mis à disposition pour s’échauffer avec, tout autour, un grand nombre de toilettes alignés, les organisateurs distribuent des ponchos en plastique pour rester au chaud ainsi que des bouteilles d’eau. J’ai un peu moins d’une heure et demi d’attente; du coup je profite de l’ambiance, sympathise avec un polonais qui ne parle ni français ni anglais (et moi, je ne parle pas polonais – mais ça ne nous empêche pas de fraterniser), quelques grecs et un croate.

J’aperçois la flamme olympique et des hoplites qui s’approchent pour faire un le petite cérémonie. J’entre dans mon sas, tape la discute avec un hollandais puis, en grec, est déclamé la declaration des athlètes et des JO (je crois). Tout le monde a le poing levé. Le même serment est ensuite lu en anglais; en tant qu’athlète on se dit fraternel, respectueux, etc. Puis il est l’heure de lancer le marathon; le temps de serrer les lacets et de fixer la visière.

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Le départ des élites est donné sur les airs de Zorba le Grec version techno; puis je franchis la ligne de départ quelques minutes après sur Eyes of the Tiger. Belle émotion au départ, me voilà finalement lancé sur ce marathon, l’authentique, celui qui relie Marathon à Athènes! En Grèce! Yeah!!

Les premiers kilomètres sont sur du plat dans Marathon. Quelques locaux sont sur le bord de la route; je double un polonais portant un énorme drapeau et courant pieds nus, probablement en train de chanter son hymne national (ou une chanson paillarde). On fait une petite boucle autour d’un tumulus qui est la tombe des soldats grecs, notamment Athéniens, tombés à Marathon contre les Perses de Xersès.

Les locaux sont sur le bord de la route, applaudissent et tendent des brins d’olivier aux coureurs pour leur porter chance. C’est vraiment sympa, mais je n’arrive pas à en attraper un. Tant pis, je me focalise sur mon allure (décidée d’être aux alentours de 5:00 et 5:15 jusqu’au 18e kilomètres – à varier en fonction des pentes). Peu après le 7e Km commence la première ascension; jusque là tout va bien. Je garde le rythme et je suis content des sensations.

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J’ai pris ce marathon comme un fête et tous les enfants grecs sur le bord de la route me l’ont rappelé tout le long de la course. Ils étaient là en nombre, avec leurs parents, à crier et nous encourager. C’était vraiment génial. Du coup, je me mets sur le côté de la route et tape dans les mains en passant de tous les enfants. À chaque ville traversée, je ferai de même. Je prends le fun là où il se trouve, fraternise avec les grecs, souris et échange quelques mots avec certains.

Je me fais aussi interpeler par une coureuse de Chicago qui reconnait le t-shirt. On papote en courant pendant quelques minutes, puis je la laisse derrière moi. Voilà déjà la marque des 18km qui est passée; tout cela dans les temps. À ce moment, la stratégie est d’arriver au 31e km (c’est à dire après cette ascension continue avec un bon petit dénivelé) à 2h51 de course – ce qui me laisserait 1h09 pour finir les 11km restant et faire un sub 4h. Après avoir lu les comptes-rendus de Theo, je savais que la côte allait casser les jambes et qu’il sera très difficile de relancer après le mur. Du coup, je m’attends plutôt à finir en 4h15.

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Quoi qu’il en soit, j’attaque les 13km de montée en ayant une allure moyenne cible de 6min/km. Il ne faut pas que j’explose d’autant qu’en haut, c’est le 31ekm, celui du mur, celui qui transforme les jambes en pierres. Je passe la marque du semi et je vais bien. Je continue jusqu’au 25e km et décide de marcher un peu, le temps de me ravitailler proprement. Mon rythme était plus rapide que prévu, donc je peux me permettre. Je continue tranquillement la montée. Je double des coureurs qui m’ont dépassé quelques kilomètres plus tôt, ils en chient, ils n’ont probablement pas anticipé la difficulté de la montée en continu.

Encore quelques inclinaisons plus rudes et me voilà à l’approche du sommet. Sur la partie la plus raide, j’en profite encore pour marcher et m’alimenter en prévision des 11 derniers kilomètres et de la dernière heure de course. J’avais lu qu’il était quasiment impossible d’accélérer après, même dans les descentes, tant les jambes avaient souffert dans la montée. Je franchis le 31e en 2h51 (pile poil dans la cible); donc si je ne craque pas, en courant au maximum à 6min/km, je ferai mon sub4.

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La suite est une longue série de plats, faux-plat et descentes vers le centre d’Athènes. Dommage que l’on n’aperçoive pas l’Acropole pour se donner un peu de courage. Et, effectivement, il est dur de relancer, d’accélérer, même dans les parties descendantes. Les jambes sont dures et le corps fatigué. Mais je m’accroche, j’ai un peu de marge pour arriver en moins de 4h. Je tape la discute avec deux londoniens que j’ai reconnu grâce à leur maillot de running club (Serpentine et Ealing Eagles) ce qui fait passer le temps et oublier la douleur.

Je dois marcher un peu, mais j’essaie de le  faire au niveau des ravitos (qui sont tous les 2.5km), et j’en profite pour échanger 2-3 mots d’encouragement avec les nombreux Grecs venus pour nous encourager. Et je relance.

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Approchant les deux derniers kilomètres, je sais que je vais arriver tout juste en-dessous des 4h; je souffre, je suis content. On arrive dans le centre, on croise la statue de Pheidippides qui annonce la fin du parcours. C’est le moment d’en profiter, d’être heureux, de prendre encore une fois l’énergie du public grec, de taper dans les mains. J’avais conservé ma bouteille d’eau et la tend à un coureur senior héroïque qui en avait plus besoin que moi.

On tourne à gauche et descend le long du Jardin national. Il y a foule le long de la route! Il y a plein d’arbres, on est à l’ombre (pour la première fois depuis le début de la course. Ah oui, je n’ai pas parlé de la chaleur, mais le soleil tapait bien, il faisait chaud, mais je ne l’ai pas trop ressenti. Ca change de Paris 😉 ). Donc, je cours, j’accélère et je souris, souris beaucoup; ce sont les dernières centaines de mètres à courir, je vais arriver à faire un sub 4, on est à Athènes, en vacances, il fait beau, Michele m’attend… Je me mets sur le côté et tends le bras pour taper dans toutes les mains qui se présentent. Je prends juste ce moment pour moi, laissant les jambes rouler toutes seules.

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Dernier virage, le stade, grandiose, est en vue. Il ne reste plus qu’à profiter des derniers 200 mètres de la course dans le stade. J’en profite au maximum, lève les bras, souris, rigole, regarde la grandeur du lieu, prends toute l’émotion qui s’y trouve, et considère que tous les hurlements et encouragements ne sont que pour moi. Je franchis la ligne trop rapidement (j’aurais bien continué à courir dans le stade pendant plusieurs minutes encore, tellement c’était bien), en 3h57: challenge plus que reussi! Quelle joie!

Je reste de longue minutes dans le stade, après la ligne d’arrivée. Michele descend des gradins et me retrouve le long de la piste. Je profite de l’instant, ce stade tout en marbre est tellement beau, chargé d’Histoire, d’histoires et d’émotions. Je prends des photos et je grave dans ma memoire ces instants. Je vais chercher ma médaille; me fais arrêter par une organisatrice voulant me prendre en photo avec mon t-shirt du marathon de Chicago (toujours pas compris pourquoi…). Je profite encore quelques instants du stade, puis m’en vais récupérer mes affaires et retrouver Michele.

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C’était une course magique. Beaucoup se plaignent qu’elle n’est pas belle. C’est vrai que l’on ne passe pas le long de monuments, mais une grande partie se fait en nature, le long de champs d’oliviers et de belles montagnes, on y aperçoit  aussi la mer au niveau du passage vers Rafina. On dit qu’il est dur; c’est vrai, je confirme; j’ai terminé épuisé, comme après chaque marathon; mais j’ai beaucoup mieux récupéré qu’après Chicago. Il est très bien organisé, il y a plus de monde sur le bord de la route que ce que l’on veut bien faire croire! Non, vraiment, une excellente experience, un magnifique moment, un grand bonheur! J’ai couru ce marathon de rêve et je reviendrai (avec Jérôme cette fois 😄 ).

I ran Athens!

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